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Culture-vélo : le rôle du vélo pliant pendant la Grande Guerre

publié le : 10/01/19

D’abord réservé aux cyclistes chevronnés, le vélo pliant est aujourd’hui convoité par un nombre grandissant d’usagers quotidiens. Facile à transporter et idéal dans les trajets urbains, il revient depuis quelques années sur le devant de la scène et fait l’objet aujourd’hui d’un vrai phénomène de mode. Mais saviez-vous que son invention date de la fin du 19ème siècle et qu’il répondait avant tout à des besoins militaires ? Tout juste au lendemain du centenaire de la Première Guerre Mondiale, revenons ensemble sur le rôle qu’a pu jouer le vélo pliant sur les fronts de 1914-1918.

La vogue du vélo à la fin du 19ème siècle

Lentement mais sûrement le vélo a provoqué tout au long du 19ème siècle une petite révolution dans les modes de déplacement. Aux temps où tout devait aller plus vite, à la fin d’un siècle  qui a progressivement  vu naître le train à vapeur puis la voiture, le vélo a su se faire une place de choix dans le quotidien des français jusqu’à devenir leur mode de transport préféré. Détrônant rapidement le cheval car plus économique et plus fiable, le vélo n’en était pas moins résistant !

Les premiers modèles de vélo étaient cependant assez lourds, encombrants et difficilement transportables du fait des matériaux qui les composaient. A la fin du siècle, de premières réflexions  firent surface pour remédier à cela et perfectionner l’invention du vélo. C’est alors que surgit un peu partout dans le monde l’idée de rendre le vélo pliant…


                                                               

 Crédits photo: origine : site web cycloclub-varangeville.fr

                                           

Le premier vélo pliant voit le jour aux États-Unis en 1887 grâce au travail de l’américain Emmit G Latta qui breveta un tout premier modèle de vélo pliant. Le but était de fabriquer un vélo dont le stockage soit facile et qui prenne un minimum de place.

En France, c’est le lieutenant Henri Gérard qui, désireux de trouver des solutions permettant  aux troupes françaises de se déplacer plus vite sur les champs de bataille, eut l’idée d’un nouveau modèle de bicyclette  pliante. La zone de pliage se situe cette fois au-dessus du pédalier. Mais le système de pliage laissait encore à désirer.

C’est grâce à sa rencontre avec l'industriel grenoblois Charles Morel et le mécanicien Adolphe Dulac que Gérard va pouvoir perfectionner son invention. Les commandes de ce nouvel engin très curieux s’emballent, surtout dans le domaine militaire.

En effet, avec sa particularité de pouvoir être repliée en 35 secondes et de se porter sur le dos grâce à des bretelles, la bicyclette  Gérard est facile à transporter et adaptable à toutes les morphologies grâce à son cadre réglable. Pratique, légère, facilement transportable…autant d’atouts qui sauront être exploités le moment venu. Et le moment vint… la Première Guerre Mondiale !

Les bicyclettes Gérard pendant la Première Guerre Mondiale.

Quand au début du 20ème siècle la menace d’un conflit mondial s’annonça, le lieutenant Henri Gérard parvint à faire reconnaître à ses supérieurs les multiples avantages que pouvait apporter la bicyclette pliante  aux opérations militaires. Elle fut alors incorporée au sein de la cavalerie et dix groupes de cyclistes chasseurs furent constitués. 

Les militaires dès le début du conflit, furent confrontés à de nombreuses difficultés de déplacement et de ravitaillement. Les chevaux de la cavalerie n’étaient pas adaptés pour aller sur tous les terrains. Par ailleurs, en temps de guerre, les troupes avaient de gros besoins en vivres car il fallait alimenter hommes et bêtes.

Face à ces contraintes de déplacement et d’approvisionnement, la bicyclette pliante s’est rapidement imposée comme une alternative  idéale pour de nombreux officiers français. Le remplacement des chevaux par les bicyclettes permit  de  réduire considérablement les besoins en vivres, les bicyclettes n’ayant pas besoin d’être alimentées.

De plus, la capacité des bicyclettes à passer par des terrains jusqu’ici impossible d’accès et la possibilité qu’elle donnait aux soldats d’utiliser leur fusil sans descendre de leur monture la rendit indispensable dans de nombreuses manœuvres stratégiques.


                        

Crédits photo: origine - site web actuvelo.fr
                                 


Grâce à leur rapidité de déploiement, les groupes de cyclistes furent utilisés lors de batailles clé telle que la bataille de la Marne. Le rôle de ces chasseurs cyclistes étaient de protéger la cavalerie, à l’avant et à l’arrière, lui assurer la traversée de zones difficiles mais aussi et surtout, de harceler l’adversaire. En effet, les cyclistes étaient envoyés derrières les lignes allemandes pour leur tirer dessus et endommager leur matériel. Les cyclistes assuraient également les arrières de l’armée quand celle-ci, en fin de combat, se retirait.

D’autre part, le rôle de la bicyclette pliante ne se limita pas aux champs de bataille : elle fût aussi très utilisée pour le renseignement, la transmission des informations et pour le cheminement  des soins médicaux et du personnel de santé. Elle se trouve donc au centre de tout le système économique et informationnel de la Grande Guerre. Au cœur du conflit, toutes les armées européennes en sont équipées.

Mais les bicyclettes Gérard de 1914 ne sont pas encore tout à fait abouties. Détail important : elles n’ont pas de freins et pour arrêter le véhicule il fallait utiliser….ses pieds ! En plus d’endommager fortement les semelles, l’absence de freins fut l’origine de nombreux accidents dans les lignes.

L’arme cycliste va aussi rapidement montrer ses limites. Convenant parfaitement pour une guerre de mouvement, elle ne fut pas adaptée à la guerre des tranchées qui fit suite, quand l’affrontement entre Français et Allemands commença à stationner et s’enliser. En fin de guerre les progrès techniques permirent l’émergence de l’infanterie blindée : moins rapides mais causant plus de dégâts, les chars de guerre furent désormais utilisés  pour protéger la cavalerie. 

Encore utilisée en toute fin de conflit, au cours des mouvements de 1918, la bicyclette pliante tomba complètement en désuétude entre les deux guerres pour renaître de ses cendres dans les années 1950.

Le vélo pliant aujourd’hui

Passées aux oubliettes dans l’entre-deux guerre, la bicyclette pliante ne connût aucunes évolutions techniques jusqu’aux années 1950 où elle eût de nouveau le vent en poupe. Depuis, de nombreux ingénieurs se sont penchés sur le perfectionnement de sa mécanique. Les différentes améliorations techniques dont elle a bénéficié ont visé à faciliter son pliage et réduire davantage l’espace occupé une fois l’engin plié. Son système de suspensions a aussi été perfectionné permettant un plus grand confort au cycliste.

Aujourd’hui, il est inutile de préciser  que la bicyclette pliante n’est plus du tout utilisée par l’armée mais toutes les améliorations techniques qui l’ont transformée au cours des dernières décennies en ont fait le partenaire idéal pour le  cycliste urbain !

En effet, par sa petite taille une foi pliée, elle se range facilement dans le coffre d’une voiture et est autorisée dans tous les transports en commun. Elle est ainsi très adaptée à l’intermodalité train/bus/vélo et permet aux travailleurs de garer leur voiture en périphérie des villes pour poursuivre leur trajet en vélo. Elle assure ainsi un gain de temps non négligeable sur les itinéraires domicile-travail car elle permet d’éviter le trafic des centres urbains et les parkings payants.

Les fabricants de bicyclette pliante aujourd’hui ont le souci de diversifier leur gamme et de l’adapter à différentes utilisations et différents terrains : ville, randonnée, loisir. Utilisable et transportable partout, la bicyclette pliante serait-elle en passe de devenir l’outil incontournable des cyclistes amateurs ?

Dans le monde du vélo, les dernières améliorations techniques pourraient assurer à la bicyclette pliante un bel avenir : en 2017 a été lancé le premier modèle de vélo pliant électrique réduisant l’effort physique et facilitant encore davantage les trajets à vélo, surtout ceux en montagne. Parmi d’autres projets prometteurs, citons encore le "one bike" du designer Thomas Owen qui une fois plié, prend la forme d’un cylindre, facilitant encore plus son transport. Répondant aux besoins d’aller plus vite, sans effort et allant dans le sens des inquiétudes actuelles autour de l’environnement, le vélo pliant serait-il le mode de déplacement de demain ?